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mercredi 4 avril 2007

Tubuaï, le bout du monde austral

J’ai connu Tubuaï alors que je n’avais que 9 ans, il y a 30 ans. C’était une terre sauvage, venteuse. Un tout petit caillou au milieu de l’océan Pacifique. C’est toujours venteux, et tout aussi perdu dans l’immensité océane. Mais l’île est un peu moins sauvage.

En arrivant à l’aéroport, je ne vois tout d’abord rien de changé, le bâtiment est le même, sauf qu’il était neuf dans mes souvenirs, alors que maintenant il commence à vieillir… Puis, quand nous prenons la voiture pour nous rendre à la pension où nous avons réservé, je remarque le ruban de bitume qui est venu remplacer la route en « soupe de corail » [1] trouée de nids de poules. La route est bitumée presque tout autour de l’île, et les portions qui restent sont recouvertes de ciment. Malgré ces conditions de circulation nettement améliorées, il me semble que les voitures sont tout aussi déglinguées que dans mes souvenirs. Je remarque aussi les lignes électriques qui courent le long de la route : on m’avait prévenu, l’île est maintenant électrifiée ! Ah, que de souvenirs quand nous jonglions entre le groupe électrogène, les lampes à pétroles et les bougies !

Notre hôte, en nous laissant à notre chambre, nous a proposé de nous laisser sa voiture pour la fin de journée. Nous sautons sur l’occasion pour aller voir les environs, et même boucler un tour de l’île : 27 km à 50 km/h, le tour est joué en une petite heure, en comptant les arrêts. Et ça nous donne l’occasion de prendre un peu contact avec les lieux. En chemin, nous nous arrêtons pour prendre un « casse-croûte », une part de tarte à la banane et une bouteille de « grenadine » dans un petit snack. Nous mangeons sur la plage, en regardant le lagon changer de couleur avec les nuages qui passent.

C’est une sensation étrange que de revenir dans un lieu après 30 années d’absence. D’un côté on reconnaît certains détails, d’un autre tout semble inconnu. Sur la place de Mataura, je reconnais le flamboyant, mais rien de ce qu’il y a autour. J’ai beaucoup de mal à retrouver les endroits dans lesquels j’ai habité : il y a des maisons neuves, d’autres qui ont disparu. Un peu partout, j’ai surtout l’impression que la végétation a reculé. Des endroits qui me semblaient être restés à l’état de brousse sont maintenant dégagés, et tondus. Un gros choc en arrivant sur la plage du Tavana, sur laquelle j’ai joué si souvent dans mon enfance : Je m’en souvenais comme d’une plage sauvage, déserte, immense. Le sable était jonché de branches mortes, tombées des arbres ou drossées par la mer. Un grand arbre mort était couché à une des extrémités de la plage, nous l’escaladions jusqu’au-dessus de la mer. Plus rien de tout ça ! C’est encore une belle plage, mais elle semble domestiquée : un muret à été construit tout le long, probablement pour empêcher la mer de grignoter du terrain, une rampe a été aménagée pour descendre les bateaux.

En revenant ici, je comprends une chose toute simple : le passé n’existe plus que dans nos souvenirs. On ne peut pas y revenir. Sur cette plage, je jouais les Robinson. Maintenant, je joue seulement au touriste, je me baigne, je me sèche en fumant une clope, puis je m’en vais. Certes, le Robinson est toujours là, je me vois enfant courir sur la plage, mais le cadre n’est plus le même. Du coup, ça me guérit d’une nostalgie qui me hantait depuis longtemps, de l’envie de revivre ces instants magiques. Savoir que ce n’est plus possible, loin de m’affliger, me rassure.

Mais Tubuaï est restée une belle île. Soufflée par les vents, aérienne. Plus rude certainement que les clichés classiques du Pacifique : Bora bora ou Moorea. Mais tellement prenante, mystérieuse, profonde. J’ai enfin compris que ces moments d’enfance étaient enfouis à jamais dans ma mémoire, mais j’aime toujours autant cette île !

par Fabrice

Notes

[1] corail concassé et traité pour être étalé sur la route

Photos

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