Accueil de l'Océanique carnet de voyage

Carnet de voyage > Tour du monde 2007 > Polynésie Française > Le paradis et autres banalités

étape précédente :
Tubuaï, le bout du monde austral
étape suivante :
Le mont Taïtaa me regarde de son air imperturbable

jeudi 5 avril 2007

Le paradis et autres banalités

Bien sûr, vous les avez trop vues, ces images, elles vous ont peut-être même fait rêver, du temps où vous aviez encore le temps de rêver, ces photos de lagons bleu turquoise sous un ciel bleu azur, avec ces cocotiers qui semblent défier la gravité en élançant, tordus, leurs palmes vers le haut (ou vers le bas, quand elles deviennent trop lourdes). Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que ces palmes dissimulent les noix de coco, que pour les ouvrir il faut repérer les deux « yeux » et la bouche de la noix de coco, qui constituent sa tête, et lui taper sur la tête pour qu’elle s’ouvre d’un trait droit et non en zig-zag. [1]

Mais on vous l’a trop fait, le plan « bananiers et cocotiers », filles en paréo coloré sur la plage, dorées à souhait, lascivement allongées au soleil. Les Tahitiens ont une culture du plaisir exacerbée. C’est ce que leur enseignent leurs parents : le plaisir. Vers 17 ans, on apprend à une jeune fille comment « faire plaisir » à un homme (l’histoire ne dit pas à quel âge les hommes apprennent la réciproque…). Les missionnaires débarqués en Polynésie se sont arraché les cheveux et n’ont finalement pas pu inculquer aux Tahitiens leur esprit austère et étriqué (dieu merci, si j’ose dire !). Les Tahitiens sont un peuple de jouisseurs. D’ailleurs, comment faire autrement quand on vit dans un pays où l’abondance est de mise ? Levez la tête, des noix de coco ! [2] Baissez les yeux : des poissons courent dans le lagon ! Il n’y a qu’à ramasser ou pêcher ! Trop fastoche ! [3]

Oui, je sais, ces photos sont faites de papier glacé, elles n’ont pas plus d’attrait pour vous que la brillance du papier sur lequel elles sont imprimées, et vous vous dites que, de toutes manières, on emporte partout avec soi sa misère, que, comme le disait Freud, le voyage est une névrose, alors pourquoi y aller ?!

Parce qu’on y rencontre des gens. Pas comme nous. Des gens qui ont vécu différemment, appris le monde et la vie d’une toute autre manière que la nôtre, qui sont même aux antipodes de notre façon de penser. Alors quoi ? C’est quoi toutes ces fadaises ? Est-ce que le ciel bleu et la mer turquoise du lagon ont quelque chose de plus à m’enseigner que je ne sache déjà ?

Non, bien sûr. Ils ne vous renverront que ce que vous avez déjà en tête. Ni plus, ni moins. Mais ce que ces photos vous cachent, ce que vous n’y voyez pas, c’est ce qu’il y a dans le corps des Tahitiens quand ils dansent, ce que leurs sourires, leurs rires et leurs blagues ont de léger et de profondément important.

Ce qu’ils m’ont appris, c’est que, contrairement au peuple kanak qui est un peuple plutôt guerrier, les Tahitiens ont, eux, une culture du bonheur qui les préserve de la violence et qui servirait le monde entier si on en apprenait ne serait-ce qu’une parcelle. Je schématise : Les mélanésiens font la guerre, les polynésiens font l’amour. [4]

Nous nous sommes promenés aujourd’hui sur un motu en face de l’île de Tubuaï (prononcer « Tou - bou - eille »), c’est-à-dire un îlot vierge de toute civilisation, peuplé de bernard-l’ermite, de lézards et d’oiseaux, jonché de coraux et de coquillages (des bénitiers, pour la plus grande part). C’est un îlot classique, tel que nous le montrent les cartes postales « de rêve » des tropiques, avec cocotiers et mer turquoise (ouh ! Le cliché !), mais nous avons eu la chance de tomber sur une personne authentique, un Tahitien pur souche qui nous a parlé de son île (tou-bou-eille !) avec dans les yeux et la voix tellement de bonheur, avec des blagues tellement con mais riant d’un tel bon coeur, et qui nous a expliqué comment il avait été élevé, et pourquoi aujourd’hui à une extrémité du motu il y a une pancarte indiquant « privé » sur une parcelle délimitée : la génération actuelle veut s’approprier ce paradis, ne veut plus le partager avec les « étrangers », quels qu’ils soient.

Mais lui, sa table reste accessible à tous même quand il n’est pas là, et il vit des ballades qu’il fait faire aux gens sur le motu. Il existe un lieu – et ce n’est pas le seul ici – où l’on peut se retirer et être totalement seul au monde au milieu de l’océan, se baigner dans l’eau chaude et manger des poissons et des noix de coco, observer les crustacés et les coraux, voilà, il n’y a rien d’autre à faire ici qu’être heureux.

Quel ennui, n’est-ce pas ?

Bernard fait son bonhomme de chemin IMG/flv/P1040387.flv
par Myriam

Notes

[1] Blague polynésienne : Les noix de coco ne tombent que sur la tête des idiots car elles se servent de leurs yeux pour les repérer…

[2] et on ne vous cite pas tout : bananes, mangues, papayes…

[3] Blague tahitienne : celui qui meurt de faim en Polynésie est un imbécile !

[4] les « all blacks », l’équipe de rugby néo-zélandaise, sont certes impressionnants avec leurs « Haka » (les chants guerriers qu’ils mettent en scène avant les matchs pour impressionner leurs adversaires). Ce sont des maoris, comme les Tahitiens, mais la culture du plaisir prend facilement le pas sur les coutumes guerrières.

Photos

le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï coquilles de bénitiers la brousse du motu le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï Bernard ! Bernard ! le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï le motu en face de Tubuaï coucher de soleil sur le lagon coucher de soleil sur le lagon coucher de soleil sur le lagon

Carte

Diaporama

 

JPEG - 45.7 ko
le motu en face de Tubuaï