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Publication le 2002-12-21 16:27:00

Mis à jour le 2011-08-10 17:50:30

Société française

"Ce que veulent les téléspectateurs"

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21 décembre 2002

Depuis longtemps, quand je pense au programmes télé, à la direction que ça prend, je suis pris d’une légère nausée… Alors j’essaye d’en parler autour de moi. J’essaye de cerner ce qui ne va pas. Oui les programmes s’orientent vers des trucs qui n’apportent strictement rien. Je défends l’idée que la télévision a une vocation éducative, que la transmission d’information en général à cette vocation…

J’ai toujours trouvé en face de moi des gens qui me répondaient : "Oui, c’est de plus en plus con, mais c’est ce que les gens veulent voir. Toi, tu voudrais peut être autre chose, mais ne soit pas égoïste… tu n’es pas tout le monde !" C’est imparable, je le reconnais, totalement imparable… Enfin… je le pensais jusqu’à hier soir. J’ai toujours essayé de trouver une réponse mais je n’en avais pas. Je niais, mais je ne savais pas expliquer pourquoi… Je sentais, ou pré-sentais, mais je ne savais pas exprimer le truc vicieux qui se cache sous la phrase "C’est ce que veulent les gens".

Je sentais qu’il y avait un malaise parce que je me rends bien compte que les ficelles que les producteurs utilisent, que ce soit pour des fictions ou des émissions, sont les plus basses. Ils pourraient tirer la ficelle de l’intelligence, de la compassion… mais ils tirent celle du sexe, du voyeurisme, de la curiosité morbide. Ils sélectionnent les sentiments les plus bas pour que le peuple soit littéralement "pris aux tripes". Parce que ça marche mieux, c’est vrai… C’est un coup en traître : ça te prend par surprise au niveau du cerveau profond, des instincts profonds, alors même si tu n’en es pas fier tu restes regarder…

Jusqu’à hier soir je laissais tomber, constatant que je n’avais pas d’argument pour exprimer avec des mots mon sentiment diffus. Mais hier soir la lumière m’est venue. C’est ce que nous voulons disent-ils ? Mais comment le savent-ils ? Ah, ils font des statistiques sur les audiences… ah oui… Mais faire des statistiques sur quelque chose qui c’est passé ne veut pas dire que les participants voulaient que ça se produise.

Je donne un exemple exagéré : (non que je vous prenne pour des imbéciles, mais j’ai besoin de transposer dans la vie courante pour expliquer, c’est plus marquant)


Pour les hommes :

Imaginez que vous êtes sur votre lieu de travail, en train de boire un café. Une bombe sexuelle arrive sur vous, se met à genoux et vous taille une pipe. Comme vous êtes marié vous pensez à votre femme, vous vous en voulez de ce qui se passe, vous imaginez bien que si quelqu’un vous surprend elle vous en voudra à mort. D’un autre coté vous trouvez la situation excitante, c’est quand même agréable.

Vous rentrez chez vous et vous trouvez maintenant la même bombe sexuelle en train d’expliquer à votre femme que vous l’avez pratiquement violée dans un débarras. Elle pointe sur vous un doigt de furie pendant que votre femme fulmine. Vous trouvez ça injuste… tout ça parce que vous n’avez pas oser rejeter violemment une jolie femme. Effectivement c’est injuste… Et là vous comprenez qu’il y a une différence entre se laisser aller à quelque chose et vouloir quelque chose.

Tout le monde en conviendra, bien que dans ce cas votre femme risque d’être difficile à convaincre…

Pour les femmes :

Imaginez que vous êtes sur votre lieu de travail, votre patron vous appelle. Depuis plusieurs jours vous vous êtes rendue compte qu’il vous regardait avec concupiscence et vous vous attendez au pire. En entrant dans son bureau vos craintes se confirme : il vous coince conte le bureau et plonge vers vos seins. D’un coté vous avez furieusement envie de le rejeter, vous pensez à votre mari et votre coeur se rempli de larme ; d’un autre coté vous constatez que, au point où ça en est vous seriez obligée de le rejeter violemment, de faire du bruit, qu’il y aurait un scandale… alors vous laissez faire. Et puis finalement il s’adoucit et ce n’est pas si désagréable…

Plus tard, à la suite d’un refus vous êtes licenciée et vous avez recours à un jugement des prud’hommes pour harcèlement sexuel. Votre patron déclare que vous étiez consentante, que vous sembliez bien aimer ça. C’est injuste… et la justice sera certainement de votre coté.

Vous vous dites que fort heureusement il y a une différence entre éprouver un petit plaisir ponctuel et vouloir se faire le patron.


Alors voilà il nous disent : "C’est ce que les français veulent voir", mais en fait c’est eux qui ont décidé, qui nous ont bourré ça dans la gueule… et qui constatent seulement qu’on a regardé plus que l’émission d’à coté qui était moins "basse" dans l’échelle des sentiments (classés de "animal" à "être humain").

J’ai été très soulagé : j’ai enfin compris pourquoi je ne pouvais pas accepter l’idée que "c’est ce que les gens veulent". Maintenant je ne sais pas si ça marchera pour vous. Peut-être vous direz-vous que oui c’est ça, vous le saviez déjà. Alors écoutez bien ce que diffusent les informations, vous verrez que ce genre d’argument falacieux est largement utilisé… et admis…

Fabrice