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samedi 19 mai 2007

Voyages, voyages

(méfiez-vous des Britons)

L’histoire que je vais vous raconter débute un mardi 15 mai, vers 16 heures, heure de Montréal, et se termine le vendredi 18 mai, vers 10 heures, heure de Reykjavik. C’est donc un périple de presque trois jours que je vais vous conter par le détail, une traversée de l’Atlantique, quatre heures de décalage horaire, plus les extras.


Nous venions d’arriver à Montréal, sous une pluie battante qui nous avait forcés à quitter l’autoroute, sur laquelle on voyait à peine la voiture qui nous précédait, tant la pluie et le nuage de gouttelettes soulevées par les voitures était opaque. Nous avions opté pour redescendre la rue de Sherbrooke, celle que nous avions déjà empruntée, en sens inverse, une semaine plus tôt, quand nous étions partis à la découverte du Québec rural. Après un bref arrêt dans le centre, nous avons pris la direction de l’aéroport : nous devions rendre la voiture à 18 heures et décoller trois heures et demi plus tard, à 21 heures 35 précises. Les problèmes ont commencé là, quand nous sommes arrivés sur les autoroutes montréalaises congestionnées [1] par le trafic. Le premier signe a été donné par une voiture en panne sur la voie de gauche. Une pauvre femme restait immobile derrière son volant, dans le flot continu de voitures qui contournaient l’obstacle, heureusement à une vitesse très réduite par la densité du trafic. Ce devait être une situation fort déplaisante. Nous avons plaint de nos deux coeurs réunis cet être pris au dépourvu dans une faille de la société moderne, un cas non prévu, un concours de circonstances qui n’arrive que rarement, au hasard, et qui met l’individu dans une position de grande solitude, démuni. Nous avons continué notre route, dépassant la voiture en imaginant bien que nous aurions pu nous arrêter, mais arguant de notre position de touristes et d’un avion à prendre pour nous dédouaner de notre individualisme. Les autres, oui, auraient pu s’arrêter, mais nous, non, nous avions de bonnes raisons pour ne pas le faire ! Nous avons continué de piétiner des roues sur le bitume pendant quelques minutes avant que mon regard ne tombe, par hasard, sur la jauge de carburant. En une seconde je nous ai vus dans la même situation que cette voiture rouge que nous venions de laisser en plan sur la chaussée. La panne sèche en plein embouteillage [2] nous guettait !

Ça n’avançait vraiment pas. Une demi-heure plus tard, alors que nos deux regards plongeaient régulièrement sur la petite barre clignotante de la jauge, inquiétante, comme une alarme muette et pourtant insistante, nous n’avions avancé que de quelques kilomètres. Nous avons regardé la carte : encore le triple ou quadruple de distance à parcourir, avec toute cette essence gaspillée de façon totalement inefficace ! Nous avons décidé de sortir de l’autoroute à la première occasion et de chercher une pompe à essence dans la ville avant de reprendre la route. Il nous restait deux heures avant la remise de la voiture, plus de cinq heures avant le décollage, nous avions le temps. Nous mîmes encore un bon quart d’heure avant d’arriver à hauteur d’une bretelle de sortie, nous la prîmes avec soulagement, pensant être sortis d’affaire. Grossière erreur ! Nous devions passer de l’autre côté de l’autoroute pour arriver dans une zone que la carte décrivait comme habitée, du côté où nous étions la carte ne montrait qu’une vaste zone grise, traversée de voies de chemin de fer. Nous avons longé l’autoroute pensant trouver un tunnel, ou un pont, pour arriver de l’autre côté. Mais rien. Au lieu de cela, la route à commencé à s’incurver dans l’autre sens, en plein vers le milieu de la zone grise. Nous sommes rapidement arrivés dans un dédale de voies de chemin de fer, avec des feux pour réguler le trafic des quelques voitures perdues dans le coin. Par endroits, les trains étaient carrément arrêtés en plein milieu d’une route, les voitures attendaient là, ne sachant pas quand elles pourraient passer, ou peut-être les conducteurs le savaient-ils, eux, nous non. Nous avons continué de rouler en évitant les passages à niveau. Nous ne pouvions pas envisager de repartir en sens inverse, de remonter sur l’autoroute au risque de tomber en panne. Nous avons roulé pendant un temps qui nous a semblé long, à faible allure pour ne pas trop consommer. La route semblait interminable, elle longeait maintenant une voie de chemin de fer rectiligne. On ne voyait ni immeuble d’habitation ni commerces, un no man’s land du rail. D’après la carte, nous devions rouler vers l’est, vers le centre de Montréal. Puis nous sommes sortis de la zone, enfin. Nous nous sentîmes tout de suite soulagés. De se retrouver dans un milieu habité, avec des croisements, des voitures, des gens sur le trottoir. En cas de panne, nous pourrions toujours demander de l’aide, aller à une station service à pied. Nous avons encore roulé pendant un bon kilomètre avant de voir se profiler la station salvatrice. Sauvés !

Une surprise nous attendait encore quand nous avons demandé au pompiste comment rejoindre l’aéroport : nous n’étions pas du tout là où nous pensions être. En fait, notre long périple entre les rails nous avait fait remonter tout au nord de la ville ! Notre carte n’indiquait aucune route qui aurait pu nous faire faire ce trajet. Ce point reste encore un grand mystère pour nous. Cette route existe-t-elle réellement ? Avons-nous découvert un nouveau passage à travers la brousse ferroviaire de Montréal ? Avons-nous traversé un pont spatio-temporel ? Avons-nous été kidnappés par des extraterrestres ? Je laisse ces questions en suspens, il faudra que nous essayions de tirer cette affaire au clair l’année prochaine. Pour l’heure nous avions un avion à prendre, une voiture à rendre. Nous avons donc filé jusqu’à l’aéroport.

Nous n’avons réellement soufflé, avec le sentiment d’être sortis victorieux d’un grand défi, que quand nous avons empilé nos bagages sur un chariot de l’aéroport. Enfin libres de toute contrainte ! Nous avions encore largement le temps d’enregistrer nos bagages et de flâner dans l’aéroport avant de nous envoler vers l’Europe ! Mais ce n’était que le premier de la longue série des petits tracas que nous aurions à subir…


Quelques heures plus tard, nous sommes arrivés devant la porte d’embarquement. Là encore, il y a eu un signe, un indice qui aurait pu nous faire pressentir les problèmes à venir : notre avion devait partir de la porte 57, c’est ce qu’indiquaient tous les affichages, mais il n’y avait rien porte 57. Nous avons poussé jusqu’à la porte 59… Notre avion y était indiqué ! Ah… Bon… Puisque c’est comme ça nous attendrons là ! Pour patienter nous nous octroyons un petit remontant : un quart de rouge et un Ricard. En plus du changement de porte, nous remarquons un peu plus tard un autre signe : l’avion est indiqué avec 15 minutes de retard. Qu’à cela ne tienne ! Nous sommes bien installés, chacun devant nos verres, que nous sirotons distraitement en lisant. Nous sommes assis juste à côté de la fenêtre, nous pouvons voir la passerelle d’embarquement numéro 59, tristement pointée dans le vide : l’avion n’est pas encore arrivé. Ce n’est pas bon signe, évidemment. Vu qu’il faut au bas mot une heure pour que l’avion soit nettoyé, déchargé puis rechargé en bagages et passagers, on décollera avec au moins trois quarts d’heure de retard. Un peu plus tard, nous voyons un des agents de piste qui agite frénétiquement ses bras et les bâtons lumineux rouges qui les prolongent. Ça y est, l’avion arrive. Nous nous attendons à le voir obliquer pour venir se garer juste devant nous, et l’agent de piste également y croit dur comme fer, semble-t-il. Mais non. L’avion continue sa route. L’agent baisse les bras, secoue la tête, l’air découragé. Il échange quelques mots avec un collègue en montrant l’avion d’un air abattu. J’imagine le dialogue : « Mais ou va-t-il, ce *** ! ». Après seulement quelques minutes, le cirque recommence, et, cette fois, nous voyons bien l’avion avancer son nez droit vers nous. Ça y est, nous allons pouvoir partir, c’est ce que nous nous sommes alors dit…

Les passagers sont descendus, et il y a tout d’un coup eu beaucoup d’agitation autour de l’avion. J’ai rarement pu observer tout ce qui se passe quand un avion fait escale, ce manège ne m’a donc pas semblé incongru. J’ai même eu une pensée admirative pour toutes ces personnes qui travaillent dans l’ombre pour que nous puissions voyager en toute sécurité. Je me suis tout de même posé des questions en voyant un camion de pompier arriver sur les chapeaux de roue, et un gars camisolé et casqué en sortir. Il est resté une bonne dizaine de minutes, puis est reparti. Peu de temps après, le steward de service prend la parole : « Mesdames et messieurs, nous rencontrons actuellement des problèmes techniques avec l’avion BA 094 à destination de Londres Heathrow. Nos ingénieurs travaillent actuellement à la résolution du problème, et nous espérons pouvoir partir le plus vite possible. Malheureusement, nous ne pouvons savoir dès maintenant le temps que pourront prendre ces réparations, nous vous avertirons dès que nous en saurons plus. » D’accord. Bon, après tout nous ne sommes pas pressés, justement, nous nous étions dit que nous arriverions trop tôt à Londres pour entrer dans notre chambre d’hôtel. Comme nous avons un peu de temps, nous décidons de manger légèrement, pas trop car nous espérons avoir un repas au décollage de l’avion, c’est ce qui se fait, généralement. Pour arroser le tout, je prends aussi un deuxième pastis, il faut bien dire au revoir à Montréal. Encore un peu plus tard, nous avons fini d’avaler nos sandwichs, mon verre est presque vide, quand l’agent reprend la parole : « Nos ingénieurs ont maintenant localisé la panne et sont en train d’étudier une solution. Nous ne savons pas combien de temps sera nécessaire à la résolution du problème, ni si cela permettrait d’envisager un départ dans la soirée. Nous pensons donc à mettre en place la procédure d’annulation du vol. » Quoi ? Qu’est-ce qu’il vient de dire là ? Annulation ? Mais c’est possible ça ?… Oui, c’est possible : ils l’ont fait ! Bon, il faut dire que notre voyage s’est déroulé sans aucun soucis depuis le début, il fallait bien que ça commence un jour… Et puis, là, on est sur British Airways, pas sur une compagnie sérieuse comme Qantas !

Nous devons encore attendre un bon bout de temps avant que l’annulation soit confirmée, puis encore plus de temps avant que les agents des douanes soient contactés pour déterminer comment et dans quelles conditions nous pourrions être exfiltrés de la salle d’embarquement. Nous finissons par suivre au pas de course un agent des douanes, alors que deux autres encadrent le troupeau comme des chiens de bergers. Puis nous repassons le service d’immigration du Canada et nous retrouvons comme des imbéciles devant la porte des arrivées. Euh… Nous devions partir, ce soir, pas arriver… Tout le monde se masse là, ne sachant que faire. Avant de quitter la salle, le steward nous a expliqué que la compagnie se chargerait de nous héberger, de nous nourrir, puis de nous répartir sur d’autres avions, mais que tout ça prendrait du temps. Effectivement, c’est le bocson. Des cars arrivent, nous devons monter dedans sans trop savoir où ils nous emmènent. À ce moment il doit être près de minuit : entre les attentes dans la salle d’enregistrement, aux douanes, puis maintenant devant les portes de sortie, la soirée a été mangée sans que nous nous en rendions compte. Finalement, on nous débarque devant un hôtel Holiday Inn, et il nous faut encore patienter une bonne heure pour que la réceptionniste traite tous les cas. À une heure du matin, nous commençons à avoir faim. Nous demandons s’il est possible de prendre une collation quelque part. Non, tout est fermé. Plusieurs personnes se plaignent au représentant de la compagnie, il prend un air désespéré pour annoncer qu’il ne peut rien faire.

Nous passerons donc la nuit du 15 au 16 à Montréal, qui semble ne pas vouloir nous lâcher. Nous dormons d’ailleurs très mal puisque, d’une part, nous ne savons pas quand nous pourrons partir, ce sera peut-être dans la nuit, d’autre part parce que l’hôtel jouit d’une vue exceptionnelle sur l’autoroute la plus passante de la banlieue et ne possède pas de double vitrage. Peut-être aussi parce que nous avons le ventre vide…


Le lendemain matin, après un petit-déjeuner pantagruélique qui nous permet de reprendre des forces, nous apprenons que, grosso modo, c’est à nous de nous débrouiller pour trouver un autre vol. On nous a tout de même fourni le numéro de téléphone du bureau des réservations de British Airways [3]. Après d’âpres discussions, nous arrivons à un compromis pas trop coûteux pour nous : nous essayons de ne pas perdre nos réservations d’hôtel et de voiture. Nous repasserons donc par New York !

Voilà, on peut dire, comparativement, que le reste du trajet s’est fait sans problème. Ce fût long, pénible, fatiguant, mais beaucoup moins incertain que la file d’attente pour l’enregistrement. Avant d’embarquer pour New York, nous avons dû passer les contrôles de sécurité des États-Unis, où l’on m’a confisqué mon briquet. Puis, après de nouvelles attentes, des vérifications paranoïaques de nos passeports et de nos cartes d’embarquement, nous pouvons enfin nous asseoir dans l’avion pour Londres. Un moment nous avons réellement eu peur que ce deuxième vol soit également annulé : comme la veille, il était indiqué avec un quart d’heure de retard. Mais non, nous avons décollé.


Tout est dit, le reste n’est pas intéressant : attentes, sandwichs avalés ici ou là. Nous avons encore fait une autre nuit de transit à Londres : avec seulement une journée, en arrivant tard et exténués, nous n’avons pas le temps de nous promener. Nous sommes arrivés dans la chambre vers seize heures, nous nous sommes immédiatement couchés.

Le lendemain matin, réveil à cinq heures pour aller prendre notre avion pour l’Islande. Et là, je peux vous dire que ça fait du bien, après ces trois journées de folie, de se délasser dans les eaux chaudes du Blue Lagoon.

Voilà, il est plus de minuit, et il fait encore jour en Islande, et vous savez maintenant pourquoi il faut se méfier des Britons [4].

par Fabrice

Notes

[1] Une « congestion », en québécois, c’est un bouchon…

[2] Euh… Pardon. « Congestion » ferait plus couleur locale…

[3] C’est un peu là le problème : ils se sont déchargés du problème sur nous en nous incitant fortement à rester sur des lignes British Airways, alors que d’autres vols étaient certainement disponibles…

[4] Qui nous sont pourtant apparus comme des gens très sympathiques pendant notre court séjour…

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