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samedi 12 mai 2007

Alice au pays des poules

Les arbres commencent à bourgeonner, ce qui indique que le printemps avance et que le dégel est presque terminé. Depuis que nous sommes arrivés à Tadoussac, et même un peu avant, nous avons vu ça et là de la neige, de petits îlots qui résistent encore au soleil. La dernière tempête de neige a eu lieu le 30 avril dernier, et depuis, la température a grimpé, pour atteindre parfois 28 degrés. C’est donc également le début de la saison estivale pour les hôteliers et autres prestataires de services qui vivent du tourisme. Á Tadoussac, nous avons eu de la chance, car la saison venait juste de démarrer. Arrivés au lac Saint-Jean, notre chance a tourné : Ici, la plupart des hébergements sont encore fermés, et nous nous sommes cassés le nez au camping de Sainte Monique, pourtant marqué « ouvert à l’année » sur notre guide, mais non, les chalets n’étaient pas encore prêts… Le même scénario s’étant répété à l’auberge de jeunesse, nous avons dû faire demi-tour, retournant jusqu’à Saint-Henri de Taillon, où nous avons trouvé une maison d’hôte fort sympathique.

Cette partie du Québec n’est donc pas encore envahie de touristes, et nous sommes souvent seuls sur les lieux à visiter, ce qui n’est pas pour nous déplaire (cf. la croisière aux baleines). Hier, à Tadoussac, au bord du Saint Laurent, nous avons descendu les dunes – nous nous trouvions alors à environ 1 ou 2 km des habitations les plus proches – dans un endroit isolé où la mer était encaissée entre la dune (un dénivelé impressionnant) et une falaise arborée, avec une cascade qui dévalait la pente. Arrivés en bas, j’ai repensé aux excursions menées avec un guide pour observer les ours noirs dans les environs, et je me suis prise à penser que cet endroit pouvait être un lieu idéal pour un ours : les arbres pour se cacher, l’eau douce pour se rafraîchir, un isolement suffisant, et un village à proximité pour aller chercher de la nourriture en cas de besoin… Tout collait parfaitement, et j’ai été prise d’une peur soudaine de voir un ours apparaître en haut d’un rocher. Sachant que la remontée de la dune nous prendrait bien quelques minutes, que faire dans ce cas ? J’avais lu que l’on pouvait faire fuir un ours en produisant un son suffisamment fort pour lui faire peur, et nous avions acheté un sifflet pour l’occasion, mais évidemment celui-ci était resté sur la table du chalet… Il était indiqué également que le mieux était de s’agiter et de faire beaucoup de bruit, car les ours ont peur des humains, et, s’ils en entendent, ils ne s’en approchent pas.

J’ai tout d’abord scruté les environs – la falaise plantée d’arbres, surtout – pour essayer de repérer la présence éventuelle de plantigrades, mais ils pouvaient surgir de n’importe où ! Afin de poursuivre notre promenade jusqu’à la cascade, je me décidai donc à faire la seule chose qui pouvait être utile pour chasser un ours, et qui en plus me donnerait du courage : j’entonnai une chanson de mon cru qui, en plus, fit beaucoup rire Fab, puisque les paroles en étaient inventées au fur et à mesure, du genre : « On est des humains et on est méchants, ouhou les ours allez-vous en, on n’a pas de miel mais on a des dents, ouhou les ours allez-vous en… » et ainsi de suite, à voix suffisamment forte bien sûr pour être entendue de loin !

Le soir même, après être rentrés indemnes de notre balade, sans avoir croisé aucun ours, je demandai à nos hôtes des précisions sur les excursions guidées pour observer les ours. Là, j’appris – à mon grand soulagement – que les ours sortaient de leur hibernation à peu près à la mi-mai, c’est-à-dire… dans environ une semaine… Ce qui fait qu’au lieu de les chasser, j’ai dû en réveiller pas mal avec mes chants à tue-tête !

Aujourd’hui, après avoir trouvé notre hébergement, nous sommes allés nous promener autour du lac Saint-Jean, où l’on peut parfois voir des orignaux [1]. Cette fois encore, nous arrivons sur un parking désert, vers 18 heures. Il n’y a personne non plus à l’accueil, et nous nous mettons en marche pour faire le tour du lac, confiants et heureux de cette nouvelle occasion de rencontrer des animaux en pleine nature (inoffensifs, ceux-là !).

D’un côté, le chemin est bordé d’arbres, de l’autre, c’est la plage et le lac, du moins au début. Á mesure que nous progressons, des arbres se dressent des deux côtés du sentier, et il est donc plus difficile de fuir si quelque chose surgit devant nous. Il est vrai qu’il vaut mieux observer les orignaux de loin, car là, nous sommes sur leur territoire, alors on ne sait jamais ! Nous avançons lentement, scrutant parmi les arbres, espérant et redoutant à la fois apercevoir les bois ou la gueule, ou quoi que ce soit appartenant à un orignal… Sur le lac, des canards font un boucan du diable, et leurs cris créent une atmosphère chargée de tension, ils résonnent comme une mise en garde… Le soleil décline lentement à l’horizon, et nous continuons d’avancer, quand, tout à coup, je me fige : là, à quelques mètres de nous, derrière les arbres, se dresse la silhouette noire et massive d’un ours… Je déglutis et tire Fabrice par la manche, le retenant d’avancer. Il suit mon regard, puis se tourne vers moi :

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu en as vu un ?
- Non… Là, c’est un ours !
- Attends, non, c’est pas un ours, ça, c’est un tronc d’arbre…
- Tu… Tu es sûr ? »

Toujours pas rassurée, je me penche pour mieux voir, mais je distingue toujours cette masse sombre qui semble sur ses gardes, mais Fabrice, lui, se remet en marche… La masse noire ne bougeant pas, je finis par le suivre, d’un pas hésitant, et, effectivement, en me rapprochant de la silhouette sombre, je me rends compte qu’il s’agit simplement qu’un gros tronc. Pourtant, cette fois, j’avais bien mon sifflet dans la poche, d’ailleurs je l’ai serré très fort tout le temps qu’a duré cette pénible rencontre… avec un tronc.

Au bout d’une heure environ, nous sommes parvenus à une rivière sur laquelle nous avons découvert ce qui semble être une tanière de castor, c’est un gros dôme fait de branchages et de terre au bord de l’eau. Nombre d’arbres alentours sont rongés en bas du tronc. La présence de castors nous semble donc plus que probable, mais il faudrait attendre la nuit pour en apercevoir, et nous devons rejoindre notre hébergement pour le repas, nos hôtes nous attendent à 20 heures. De plus, après ma terrible frayeur face à un tronc d’arbre, je n’en mène pas large, alors pour ce qui est de poursuivre notre excursion à la nuit tombée…

Nous décidons donc de rebrousser chemin et nous mettons tout à coup à marcher plus vite, ayant perdu tout espoir d’apercevoir un quelconque animal… Au bout d’un kilomètre, voulant terminer notre marche sur la plage, nous montons sur des rochers qu’il nous faut escalader pour rejoindre la rive du lac. Là, à nos pieds, quelque chose surgit des rochers et s’échappe en courant sur le sentier… Cette fois je n’ai pas peur, c’est un petit animal, que nous aurons le temps de prendre en photo avant qu’elle ne disparaisse dans la forêt : il s’agit d’une sorte de poule d’eau dont je ne connais pas le nom exact, un gros oiseau qui ne vole pas, une poule mouillée, en quelque sorte… Un peu comme moi, sauf qu’elle ne chante pas et qu’elle n’a pas de sifflet dans la poche. D’ailleurs elle n’a pas de poche non plus.

Nous nous lamentons durant le repas du soir de n’avoir pas rencontré d’orignaux. En fait, on nous explique qu’il fait encore trop froid pour eux sur le chemin qui ceinture le lac, les troupeaux sont encore dans la forêt, là où ils ont plus chaud… Nous avions pourtant observé des traces de pattes et de nombreuses crottes attestant de leur présence sur le sentier, mais elles devaient dater de ce jour béni où il a fait 28 degrés. Tant pis pour nous, après les kangourous, les opposums, les kiwis et les kagous [2], c’est au tour de la faune du Canada de nous bouder, mais, après tout, quand on est une poule mouillée, il suffit d’un tronc d’arbre et de bois pour inventer tous les animaux qui soient, et alors la forêt résonne de cris et de bruits insolites, et tous les animaux de la création s’animent et on chante tous en coeur : « ouhou les ours allez-vous en, on est des humains et on est méchants, on n’a pas de miel mais on a des dents, tralali tralala… », allez, tous avec moi !

par Myriam

Notes

[1] l’orignal est une sorte de cerf à tête de chameau

[2] que nous avons vu morts ou en cage

P.-S.

L’auteur de cet article n’a rien bu, rien fumé, rien avalé de chimique avant d’écrire cet article, et tous les personnages cités sont réels et ont bien existé, du tronc d’arbre jusqu’à la poule mouillée !

Photos

Tadoussac Tadoussac Tadoussac Tadoussac Passage de skidoos ! Une cascade sur la route entre Tadoussac et Saint-Henri de Tallion Sainte-Rose-du-Nord Sainte-Rose-du-Nord Sainte-Rose-du-Nord Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Une empreinte d'orignal ! Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean Le lac Saint-Jean

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Le lac Saint-Jean

 

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