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Publication le 2008-01-27 01:44:33

Mis à jour le 2011-02-10 15:43:35

Société française

Lettre au père Olivier

27 janvier 2008

Il y a longtemps, j’avais écrit une lettre au père noël. Je lui demandais de créer en France un nouveau parti politique de gauche, un parti qui rassemblerait toutes les tendances antilibérales en se détachant des lourdeurs du passé. Le père noël n’a rien fait, c’est un facteur de Neuilly qui m’a répondu. Peut-être a-t-il intercepté la lettre ? Ce qui signifierait que le père noël habite Neuilly, et pourrait donc expliquer que les mômes d’Aubervilliers ont, en moyenne, moins de cadeaux que ceux de Neuilly : le père noël est un bourgeois, peut-être même un pote à Sarkozy.
Donc, un facteur (Olivier Besancenot, s’il est besoin de préciser), m’a répondu par l’intermédiaire du journal télévisé. J’en suis resté pantois… Du coup je reprends ma lettre, pour préciser mes demandes, mais cette fois-ci je l’adresse directement au père Olivier, pour éviter les aléas de la poste.

Comme Sarkozy, Olivier à l’avantage de parler franc, mais ses propos révèlent des idées, alors que les idées de Sarkozy relèvent du propos de comptoir.
La politique française semble si mal en point qu’il faille à tout prix « faire de la politique autrement ». Anne Roumanov a bien résumé la situation en inventant le terme de « droite-cassoulet ». Vous savez, cette droite décomplexée, aux idées simples, qui arrive à si bien identifier qui sont les « bons » et les « méchants », un peu comme les extrémistes religieux ou les réalisateurs de westerns, j’en ai déjà parlé dans ce journal. Lors de la dernière campagne présidentielle, tout le monde a essayé de faire de la politique autrement, c’est-à-dire en disant ce que les électeurs ont envie d’entendre. La politique autrement, c’est de la psychologie et de la gestion, c’est mener le pays comme on mène une entreprise. De la psychologie parce qu’il faut gérer les débordements sociaux, comme un chef d’entreprise gère les revendications des salariés, donnant le minimum pour obtenir une paix sociale sans rogner sur les bénéfices. Et de la gestion, simpliste, froide, pour tout le reste. Enfin, tout… L’économie en fait, puisqu’il est bien connu que la description du monde moderne tient en un concept : le marché.
Nicolas a dit ce que le peuple voulait entendre. Il a tenu à la télévision les propos qu’on entend à tous les coins de comptoir. Et ça a marché. Ségolène a essayé de faire la même chose, mais ça n’a pas marché : les gens de gauche n’ont pas seulement envie qu’on parle de leurs problèmes, ils recherchent une vision de la société, un mouvement vers un monde meilleur. Je crois qu’en appliquant les techniques de marketing habituellement utilisées par la droite, Ségolène a dégouté ses électeurs : il était impossible de savoir quelles idées elle défendait, que serait le monde si elle était élue.

Olivier, lui, a des idées. Et ça se sent. Il parle simplement aussi, on le comprend bien, mais on peut sans peine voir se dessiner une idée directrice derrière l’ensemble de ses propos, une vision de la société. J’ai toujours aimé écouter Olivier.
Ce qui me gênait, depuis le début, c’est l’étiquette « Ligue Communiste Révolutionnaire ». Oh, je n’ai rien contre les communistes, ni contre les révolutionnaires, mais je suis un peu agacé par la lutte des classes. Je militerais volontiers pour la disparition des classes sociales, mais je n’aime pas le mot « lutte » : nous ne devons pas lutter les uns contre les autres. On ne peut pas faire de la politique en ne s’occupant que d’une partie de la société. On ne peut pas se contenter d’opposer les patrons et les employés, parce que les patrons sont nécessaires. Si on tue les patrons, des employés deviennent patrons, et ils auront les mêmes défauts. Non, si l’on veut changer la société, il faut s’adresser à tout le monde, il faut proposer une nouvelle organisation globale, une organisation complète. On peut dire que les écarts de salaires sont absurdes, inhumains – je le dis bien volontiers, on peut même proposer que tout le monde ait le même salaire – contrairement à ce qu’on peut penser, je ne crois pas que tous les « gros salaires » y seraient opposés, mais en tout cas il ne faut rejeter personne.
J’ai aussi un autre problème avec le communisme : il faut bien le reconnaître, je suis un petit bourgeois, je gagne bien ma vie, j’ai même été actionnaire et dirigeant d’une petite entreprise. Trop souvent je me suis entendu dire, par des amis « très à gauche », que je ne pouvais pas comprendre telle ou telle chose parce que je n’avais pas eu assez de problèmes dans ma vie. Je n’ai pas assez souffert, voyez-vous. Et ça m’empêcherait de penser ? Faut-il forcément galérer pour être de gauche ?

Je ne suis même plus sûr d’être de gauche, je ne sais plus bien ce que cela veut dire. Je suis humaniste, ça c’est sûr. Et donc antilibéral, parce que le monde libéral est inhumain.

Digression :
Là je sais que beaucoup d’entre vous ne seront pas du tout d’accord, à ceux-là je demande de faire ce petit exercice mental. Trouvez-vous normal qu’une personne meure de faim et qu’on lui interdise de cueillir un fruit d’un arbre qui ne lui appartient pas ? Trouvez-vous normal qu’un propriétaire dont la maison brûle doive continuer à rembourser un emprunt pour une maison qu’il n’a plus, est-il normal qu’il subisse le poids du hasard alors que l’organisme prêteur ne le supporte pas ? Dans le libéralisme, il y a la liberté, c’est l’argument vendeur, mais il y a aussi l’omniprésente notion de propriété, et la sous-entendue loi du plus fort. La liberté est humaniste, la propriété, qui s’y oppose, ne l’est pas. La coopération est humaniste, la compétition ne l’est pas.

Tous les humains sont égaux, tous les humains cherchent la même chose : le bonheur. Mais le bonheur ne s’arrache pas des mains du voisin, ça n’a jamais marché. Le bonheur se construit ensemble.

Encore une digression :
C’est d’ailleurs assez étonnant : tous les théoriciens, qu’ils fassent des mathématiques ou de la négociation, vous diront que la coopération est plus profitable que la compétition, pourtant, la société continue de défendre et de promouvoir la compétition, comme si nous devions tous partager un gâteau indépendant de nous, comme nos ancêtres devaient se battre pour partager un mammouth. Nous en sommes encore là ! Pourtant si l’humanité a survécu à la disparition des mammouths, c’est bien parce qu’elle a su coopérer pour développer la culture et l’élevage, assurant sa subsistance de façon bien plus efficace.

Depuis une dizaine d’années, je vote sans conviction, parce qu’aucun parti politique ne défend les idées que je viens d’exposer. Pourtant, je sais que je ne suis pas le seul à penser de cette façon : j’en ai assez discuté pour savoir que ce sont des idées assez consensuelles, voire banales. J’ai eu beaucoup d’espoirs après le rejet de la constitution européenne, j’ai senti un frémissement, comme si le moment était venu d’un nouveau projet de société auquel je pourrais m’identifier. Mais non, rien. On a parlé d’un grand parti rassemblant la gauche antilibérale, mais rien n’a abouti parce qu’aucune des têtes d’affiche n’a eu le courage de quitter sa structure.
Alors, oui, je l’appelle de mes vœux ce nouveau parti, et si Olivier veut bien le créer, il peut compter sur mon adhésion et sur mon engagement actif.

Il faudrait que ce parti propose une organisation humaniste de la société, sans rejeter personne. Il faut qu’il ménage une place à tous, même à Sarkozy qui est également un humain, même s’il l’oublie souvent (enfin je suis prêt à discuter de ce point, peut-être qu’un exil à Sainte-Hélène ne serait pas mal…).
Il faudrait aussi, forcément, que ce parti se préoccupe du problème fondamental de l’humanité du troisième millénaire : comment adapter nos sociétés à une planète dont nous venons de découvrir les limites. Il y a le problème du climat, celui des ressources, mais il y a aussi un changement philosophique fondamental, j’y reviendrai dans un prochain article. Mais le plus intéressant là-dedans, c’est que la réponse à ces contraintes ne peut venir que de plus de coopération : les problèmes climatiques seront un catalyseur pour l’émergence d’une nouvelle organisation sociale de la société.
Il faudrait bien sûr qu’il ne se revendique plus d’aucune tendance éculée, communiste ou autre. Beaucoup de gens, comme moi, sont prêts à s’engager pour la cause antilibérale si elle rassemble des gens d’horizons plus vastes que le communisme traditionnel. Il y a beaucoup d’écologistes, les « décroissants », les pacifistes…

Allez, Olivier, je ne crois pas que ça bouleversera ta vie, mais je te le dis quand même, si ce nouveau parti ressemble à celui que je décris, je suis à fond avec toi ! Sinon il faudra que je m’adresse à nouveau au père noël !

Troisième et dernière digression :
Puisque je suis au clavier, j’en profite pour noter quelques faits intéressants :

  1. Sarkozy annonce son plan pour le pouvoir d’achat et, dans les semaines qui suivent, les prix s’envolent.
  2. Sarkozy annonce que le milieu financier français résiste à la tempête mondiale, une semaine après, un obscur trader porte le chapeau de pertes monumentales.
  3. Le premier ministre (et les journalistes) affirment que la France est de nouveau enfin bien vue dans le monde entier, mais on n’arrête pas, à l’étranger, de lire que Sarkozy agace et, surtout, fait n’importe quoi !

Vous pouvez vous rendormir.

Fabrice