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Publication le 2008-04-07 23:26:42

Mis à jour le 2008-04-07 23:30:59

Livres

Wesley Stace : L’infortunée

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7 avril 2008

Abandonné sur un tas d’ordures, un petit garçon est recueilli à sa naissance par une riche famille. Le père, qui a perdu une sœur plusieurs années auparavant, ne s’en est jamais remis. C’est pourquoi il décide que le bébé est une fille… Prénommé Rose, le petit garçon va grandir sous l’identité d’une fille. Isolé du monde dans la propriété familiale, Rose ne connaît pas la différence entre les garçons et les filles, et il n’apprendra qu’à l’adolescence ce qu’il est en réalité.

L’histoire se situe à Londres au 19e siècle. En dehors du premier chapitre, qui se déroule dans la ville (ce chapitre est un véritable bijou !), les personnages évoluent dans le grand palais des Loveall durant toute la première partie du roman. D’ailleurs, le changement d’univers qui s’opère au deuxième chapitre est quelque peu déroutant – en quelques pages, je m’étais déjà attachée au personnage du petit garçon chargé de se débarrasser du bébé, et je m’attendais à le retrouver et à suivre son évolution tout au long du roman. Or, on ne retrouve le personnage qu’à la fin de l’histoire.

La deuxième rupture a lieu vers le milieu du roman, au moment où Rose décide de quitter Love Hall, le seul lieu qu’elle ait connu jusqu’alors. À ce moment du récit, on change de narrateur, et l’on ne sait ni où on est (mais il est vrai que cela correspond également à la situation du personnage principal) ni qui parle. Ce chapitre (d’une dizaine de pages) est, à mon sens, le moins réussi, d’autant plus qu’une maladresse de ponctuation ne permet pas d’identifier à qui appartiennent les répliques entre Rose et la jeune fille qui la soigne (mais c’est peut-être seulement le cas dans mon édition – J’ai lu, coll. Par ailleurs).

Il y a quelques longueurs également quand il est question de l’héritage et des histoires de famille, mais cette quête d’identité – sexuelle et familiale – est décrite de façon admirable, tout le mal-être du personnage étant décortiqué et exploré en profondeur, dans un style riche et dense. Si vous n’avez pas peur de plonger dans les affres de la souffrance liée aux mensonges des adultes et à la quête de soi, alors ce livre est pour vous.

Myriam

P.-S.

Quelques extraits : « C’était une souffrance que je ne pouvais avouer à personne et un conflit qu’il m’était impossible de résoudre moi-même. Réduit à ma seule dimension masculine, je devins d’un caractère emporté. Je m’ennuyais plus facilement que naguère. Ma faculté d’attention s’émoussait et mon agitation ne cessait de croître. Quand on m’adressait la parole, je regardais les gens parler et me laissais bercer par le son monotone de leurs voix, mais je n’écoutais pas. Ils étaient loin et j’avais l’impression d’être enfermé dans une cage de verre qui se déplaçait avec moi. Mon dix-septième anniversaire ne donna lieu à aucune célébration. Je me sentais vieux avant l’âge, dans ces vêtements et cette demeure qui ne me convenaient pas. » (III : Métamorphoses – chapitre V)

« J’avais mal. Je me sentais heureux d’être vivant. Non, j’étais heureux d’être vivant, mais je me sentais malheureux. Malheureux et mal-aimé, Perdu et désemparé, seul et terrifié. Je ne savais pas où j’étais. J’avais l’impression d’avoir dormi dans un cauchemar et de m’être réveillé en plein rêve. Il me semblait que j’aurais beau ouvrir mes yeux, je ne parviendrais jamais à être vraiment réveillé. Que ma vie repartait maintenant de zéro, qu’on venait de m’arracher du ventre protecteur, de me gifler pour me faire pleurer, que je ne cesserais de renaître tant que je n’aurais pas réglé mes problèmes, que j’étais condamné pour l’éternité à ce cycle infernal. » (IV : Le pays des rêves – chapitre II)

Stace, Wesley : L’infortunée – Flammarion, 2006 – 603 p.