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Publication le 2008-05-22 21:47:32

Mis à jour le 2008-05-22 22:27:54

Livres

John Irving : Je te retrouverai

22 mai 2008

N’ayant pas lu « Le monde selon Garp », qui a fait la renommée de l’auteur en tant qu’écrivain, je me suis plongée dans ce livre sans aucune idée préconçue. Dire que je m’y suis plongée n’est pas tout à fait exact : pour tout dire, j’ai eu du mal à entrer dans cet univers, mais j’ai aussi eu du mal à en sortir…

Si vous n’êtes pas passionnés d’orgues ni de tatouages, vous trouverez peut-être comme moi certains passages du début trop longs. Au bout d’une cinquantaine de pages, cependant, le personnage de Jack Burns m’avait accrochée, et je voulais connaître la suite de son histoire (bien que le mot « suite » ne soit pas tout à fait approprié, étant donné que l’on revient vers la moitié du livre sur ce qui a été évoqué au début, le but étant de déconstruire et de reconstruire les souvenirs du petit Jack à qui sa mère a menti).

Ce roman de 1004 pages (en version poche) n’est pas un « roman-fleuve », puisqu’il n’est constitué que d’un volume et que l’histoire qui nous est contée forme un tout et ne pourrait en aucun cas être racontée en plusieurs tomes. Cependant, l’écriture de John Irving peut être vue, par analogie, comme une « écriture-fleuve », ou plutôt une écriture qui adopterait le mouvement du ressac. Une fois qu’elle a déferlé sur la plage, une vague se retire avant de revenir et de retomber, puis elle se retire de nouveau pour revenir… L’écriture de John Irving est à cette image : les idées sont brassées et rebrassées de nombreuses fois, elles déferlent puis se retirent pour revenir, inlassablement… C’est pourquoi certains passages m’ont semblé fastidieux à lire.

Par ailleurs, certaines scènes semblent écrites pour être mises en images tant elles sont détaillées (je pense notamment au passage dans lequel Jack discute avec les médecins de la clinique de Zürich, vers la fin du livre, avant qu’il ne rencontre son père : on n’a qu’une envie, c’est que la rencontre père-fils ait lieu, mais le passage avec les médecins est décrit de telle manière que l’on « voit » les gestes de chacun d’entre eux, leurs manies et leurs travers). On visualise facilement les scènes, et c’est sans surprise que j’ai découvert que John Irving est aussi scénariste.

Ce qui m’a frappée dans cette histoire, c’est la distance que l’auteur a prise par rapport à cette histoire d’enfance malheureuse, non seulement par rapport aux mensonges de sa mère, mais aussi en ce qui a trait aux abus dont il est victime (tous deux étant en partie des éléments autobiographiques : il n’a pas connu son père, sa mère ayant refusé de dévoiler son identité, qu’il n’a apprise qu’une fois son père mort, et il a été victime d’une agression sexuelle par une femme plus âgée alors qu’il avait 11 ans). On a l’impression qu’il regarde cette enfance de loin, et la minutie avec laquelle certains détails sont décrits pourrait jouer ce rôle de distanciation, comme une façon de s’arrêter devant un arbre pour ne pas voir la forêt (car celle-ci fait trop peur, il y a trop d’éléments cachés dans cette forêt, éléments dont la révélation serait trop douloureuse).

Ce roman m’a laissé une impression curieuse, un mélange d’irritation (trop d’éléments qui ne me semblent pas indispensables, tels les scénarii de films qu’il nous décrit, ou encore le résumé des nombreux manuscrits que son amie Emma est chargée de lire), de nausée (l’attitude des femmes envers le petit Jack), et d’admiration pour ce livre, qui nous fait pénétrer dans un univers particulier, univers personnel qui m’a certes quelque peu rebutée par son côté cauchemardesque, mais qui m’a tenue jusqu’au bout. Il y a quelque chose dans cette écriture qui retient le lecteur - un parfum d’authenticité, peut-être ?

Pour terminer, la phrase qui résumerait, en partie, le sentiment que cette lecture m’a inspiré est la remarque que la psychanalyste de Jack lui fait quand elle dit : « Je sais ce qui vous est arrivé. Ah ça, oui, ad nauseam ! Mais vous ne vous êtes pas révélé, Jack. » (page 827)

Myriam

P.-S.

Extraits : « Sans se retourner, Jack tendit derrière lui la main broyée par le concierge, et cette main trouva instinctivement celle de sa mère. Quand Jack Burns avait besoin de la tenir par la main, ses doigts voyaient dans le noir. » (page 67)

« C’était à n’y rien comprendre : quand il avait quatre ans, ils avaient passé presque toute une année à écumer les ports de la mer du Nord et de la Baltique pour retrouver son fugitif de père et depuis cinq ans que Jack était à Sainte-Hilda, il était bien rare qu’Alice parle de lui. À dix ans, il en était de plus en plus curieux. On le lui avait diabolisé, et il en concevait des inquiétudes sur son propre compte, sur l’homme qu’il risquait de devenir. Mais sa mère ne manifestait aucune complaisance envers ses questions ; elle était rarement méchante avec lui, mais elle savait être froide, et rien ne déclenchait sa froideur de façon aussi prévisible que des questions sur son père. » (page 325)

Irving, John : Je te retrouverai (Éditions du Seuil, 2006) - Coll. Points, 1004 pages.